Le gouvernement veut encourager le passage des salariés de l'auto vers l’aéronautique

Publié par © Kelformation - Marion Senant le

Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, annonce la création de structures de formation pour organiser la reconversion des salariés de l’automobile vers le secteur aéronautique. Randstad a lancé un programme similaire il y a quelques mois et s’est heurté à des freins puissants, notamment le problème de la mobilité géographique.

Proposer à des professionnels de l’automobile sans perspective d’avenir de travailler dans l’aéronautique en plein boom. Sur le papier, l’idée est belle. Les carnets de commandes d’EADS sont pleins pour les dix années à venir. La bonne santé financière de la maison-mère d’Airbus entraîne à sa suite des dizaines de fournisseurs.

Dans l’aéronautique, le recrutement est un véritable défi pour les employeurs. A l’opposé, les grands constructeurs automobile français n’en finissent pas d’annoncer fermetures d’usines et réduction de leurs effectifs. Selon Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, « il y a 70 à 90 entreprises de sous-traitance devant les tribunaux de commerce » en ce moment.

Logiquement, le ministre y voit une opportunité : les deux industries ont de nombreuses similarités. « Nous allons faire un travail de dentellière pour faire passer les emplois perdus dans l'automobile vers les emplois, de qualité, bien payés, non pourvus dans l'aéronautique » a-t-il déclaré vendredi dernier à Toulouse.

Un travail de dentellière, c’est justement ce qu’a réalisé l’agence d’intérim Randstad ces derniers mois. Le spécialiste du travail intérimaire a lancé un projet l’été dernier, qui consiste à reconvertir des ouvriers de l’automobile dans le secteur aéronautique. Il a contacté personnellement 400 professionnels… 20 ont finalement décidé de se lancer dans l’aventure.

 

L’immobilier : un frein à la mobilité géographique

« On n’avait pas mesuré plusieurs freins, explique Laurent Duverger, manager du centre expert aéronautique de Randstad. Par exemple, on a sous-estimé la capacité de deuil des gens de l’automobile. Ceux-ci veulent croire à un rebond du secteur. » Et puis il y a la barrière géographique : l’industrie automobile est principalement implantée dans le Nord-Est de la France, tandis que l’aéronautique est basée dans le Sud-Ouest. « Beaucoup de candidats potentiels ne veulent pas quitter leur région, ne serait-ce parce qu’ils ne s’y retrouveront pas au niveau immobilier : à budget égal, vous ne vous payez pas la même maison à Montbéliard et à Toulouse», détaille Laurent Duverger.

Randstad a réussi à attirer des candidats venus de Rennes, pour qui une relocalisation à Nantes ou Saint-Nazaire ne constituait pas une révolution brutale, ou de la région parisienne, qui n’avaient pas forcément besoin de déménager ou étaient habitués à des prix de l’immobilier élevés. « Concrètement, je pense que, il est plus facile avec ce type de projet d’accompagner des jeunes de 20 à 30 ans, sans enfant », estime Laurent Duverger.

 

Un état d’esprit pas évident à intégrer

Une fois les candidats trouvés, Randstad a dû les former, car le fossé entre l’automobile et l’aéronautique est beaucoup plus large qu’il n’y parait au premier abord. « Sur une chaîne de production automobile, si un ouvrier perce un réservoir, il peut le changer immédiatement, il y en a en stock et cela coûte une dizaine d’euros environ. Dans l’aéronautique, percer un réservoir, c’est une pièce qui peut parfois coûter 2 millions d’euros à mettre à la poubelle et une chaîne de production qui s’arrête », illustre Laurent Duverger.

Contrairement, à ce que déclarait Arnaud Montebourg vendredi, l’automobile et l’aéronautique sont des secteurs proches à première vue, mais dans la pratique, l’état d’esprit de ces salariés et leur façon d’aborder leur travail sont très différents. Randstad a écarté plusieurs candidats qui, selon lui, n’avaient pas le savoir-être pour s’adapter à cette nouvelle industrie. « Nous n'avions pas assez de budget de formation pour prendre des risques avec des profils moins adaptés », regrette Laurent Duverger.

 

Un projet ambitieux, mais complexe à mettre en œuvre

Dans ces conditions, Laurent Duverger salue le projet d’Arnaud Montebourg de favoriser la reconversion des professionnels de l’automobile vers l’aéronautique, mais il enjoint le ministre du Redressement productif à s’appuyer sur l’expérience de professionnels du secteur comme Randstad. « C’est un projet intéressant et ambitieux, mais très complexe dans sa mise en œuvre », estime-t-il : prise en charge financière, structures capables de former ces professionnels, logement… le problème doit être traité de façon globale. Avec 8 000 à 12 000 emplois à pourvoir dans l’aéronautique en 2013, l’enjeu est de taille.

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Vos réactions

  • Léonidas
    J’ai bien du mal à comprendre mes anciens compatriotes. Né à Boulogne-Billancourt, je suis au Canada depuis plus de soixante ans, je ne pense donc plus comme un français, mais comme un canadien ou un nord-américain. Le Canada est dix-huit fois plus grand que la France ; malgré les énormes distances peu de canadiens hésitent à traverser le pays pour trouver du travail. Les pêcheurs de Terre-Neuve, de la Nouvelle-Écosse ou du Nouveau Brunswick ne peuvent-ils plus pêcher ? Ils vont trouver du travail dans en Alberta, province située à plusieurs milliers de kilomètres mais en plein essor. Même des américains en chômage traversent la frontière pour travailler en Alberta. Malgré la différence de langue, nombreux sont les québécois qui vont chercher du travail en Ontario, plus proche sans doute, mais tout de même à plusieurs heures de route. Dans ce monde en pleine évolution, ou chaque travailleur or chaque employé est en concurrence avec n’importe quel chinois, hindou, polonais ou roumain, il faut savoir s’adapter. Toulouse est une belle ville et travailler dans l’industrie aéronautique ne doit pas être désagréable. Alors non je ne comprends pas.

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