Les entreprises ne lâchent pas leurs apprentis dans la nature

Publié par ©Kelformation – Marion Senant le

Malgré la crise et les embauches gelées, les entreprises se préoccupent de plus en plus de l’avenir des apprentis qu’elles forment. Qu’il s’agisse d’intégrer leurs effectifs ou de les aider à trouver un emploi dans leur secteur, revue de détail des entreprises qui se bougent pour leurs alternants.

Considérer l’alternance comme une période de pré-embauche ? C’est souvent le cas dans les PME, mais dans les grands groupes, qui recrutent chaque année des centaines d’apprentis, c’est irréalisable. « Dans les grandes entreprises, les DRH essayent d’atteindre le quota légal sans toujours faire le lien avec le recrutement durable, observe Sidney Kristiansen, responsable du programme Compétences de Pacte PME. Et des jeunes sont formés sur des métiers qui ne correspondent pas à leurs besoins. »

Par exemple chez Orange, les alternants atteignent 4,7% des effectifs, soit plus de 5.000 jeunes. Une enquête interne a montré que 82% d’entre eux voulaient rester chez l’opérateur téléphonique à la fin de leur formation. Dans la réalité, seulement un tiers des contrats d’alternance débouche sur un contrat pérenne, selon Rozen Thomas, directrice de l’insertion des jeunes pour le groupe de télécommunication.

 

Les entreprises qui essaient de « recaser » leurs apprentis

Ce n’est pas parce qu’elles ne les embauchent pas que les entreprises se désintéressent de leurs ex-alternants. Depuis quelques mois, les forums de rencontre ou de recrutement entre futurs ex-apprentis et entreprises (souvent des PME) d’un même secteur se multiplient. « Il y a un déficit d’image des PME en général, mais aussi de notoriété. Les jeunes ne postulent pas dans ces entreprises parce qu’ils ne savent même pas quelle existent et ce qu’elles font », confie Erasmia Dupenloup, chargée des partenariats et des services aux PME chez Minealogic et une des organisatrice du forum de recrutement de STMicroElectronics.

Les jeunes se tournent plus naturellement vers les grands groupes, attirés par les avantages des grands groupes (salaires, CE, vacances et RTT). Pourtant, les PME ont-elles aussi des atouts pour les séduire : « Les possibilité d’évolution de carrière et de prise de responsabilité y sont plus nombreuses », estime Erasmia Dupenloup.

Les grands groupes sont donc de plus en plus nombreux à organiser des forums de rencontre pour mettre en relation leurs apprentis en fin de contrat et les PME de leur secteur.

 

 

Les entreprises qui proposent des parcours d’apprentissage « mixte »

Faire embaucher les apprentis qu’on ne peut pas recruter soi-même par ses fournisseurs semblait donc être la solution idéale pour les leaders du secteur. « Dans l’aéronautique, le moindre retard dans une commande peut avoir des conséquences graves. Donc les grandes entreprises du secteur doivent s’appuyer sur une supply chain très fiable », explique Claude Bresson, directeurs aux affaires sociales et à la formation du Gifas (groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales).

« Aujourd’hui nous proposons aux nouveaux alternants des «  parcours mixtes » effectués au sein de deux sociétés dont Airbus, pour d’une part, permettre aux autres entreprises de faire découvrir leur organisation et d’ autre part, leur permettre d’évaluer des candidats potentiels pour les postes ouverts dans leurs établissements», explique Marc Jouenne, DRH d'Airbus France. « Nous souhaitons permettre à la filière aéronautique de profiter de ces candidats qualifiés en priorité. Par ce soutien complémentaire apporté aux alternants, nous maximisons leur chance d’insertion et nos partenaires peuvent ainsi bénéficier de collaborateurs formés aux compétences clés de l'aéronautique et indispensables au développement de notre industrie toute entière » 

Le Gifas a étendu ce programme à l'ensemble de l'industrie aéronautique. Baptisé "parcours partagés", il concerne actuellement quelques dizaines d'apprentis, mais devrait s'étendre à quelques centaines de jeunes d'ici 2014. « Pour les apprentis, c’est l’occasion de découvrir le monde de la PME, souvent très différent des grands groupes. Certains se sentent plus à l’aise dans des petites structures, où ils ont une vision d’ensemble de l’activité de l’entreprise, un accès plus direct à leurs supérieurs hiérarchiques et où ils peuvent facilement partager la vision de l’entreprise », affirme Claude Bresson.

Le projet « parcours partagés » a donné des idées à d’autres secteurs. C’est le cas de celui de l’industrie du médicament. « Nous sommes en train de mettre en place un dispositif qui permettra aux jeunes en fin de contrat d’alternance dans un grand groupe d’être détachés dans une PME du secteur pour un mois pour voir si l’univers pourrait leur convenir », détaille Emmanuelle Garassino, directeur adjoint des affaires générales, industrielles et sociales du Leem (Les entreprises du médicament). Au terme de la période, ces « détachements » pourraient déboucher sur des propositions d’embauche ferme.

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