L'aéronautique débauche les ouvriers de l'automobile

Publié par © Kelformation - Marion Senant le

Face au contexte économique très tendu de l’industrie automobile, le spécialiste de l’intérim Randstad a eu l’idée de reconvertir des ouvriers du secteur aux métiers de l’aéronautique. Les formations, rémunérées, vont commencer mi-septembre.

L’industrie automobile française est en crise. Depuis l’annonce de la fermeture de l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois, ça n’est plus un secret. En plus des postes supprimés, les missions en intérim ne seront plus reconduites dans les mois qui viennent, laissant des centaines d’ouvriers qualifiés sur le carreau. Le groupe Randstad a donc eu l’idée de proposer à ces personnes de se reconvertir dans une industrie beaucoup plus porteuse, l’aéronautique.

Avec des carnets de commandes plein pour les dix années à venir, l’aéronautique est en effet bien loin des préoccupations du secteur automobile. Chez EADS et ses fournisseurs, le problème n’est pas de dégraisser les effectifs, mais plutôt de recruter des ouvriers qualifiés. Le groupe a identifié plusieurs métiers de l’automobile dont les compétences sont transposables dans les métiers aéronautiques d’ajusteurs cellule, de mécaniciens système, de monteurs câbleur et de peintres aéronautiques.

 

Candidats non-mobiles, s’abstenir

Il a ensuite cherché dans ses bases de données les professionnels de l’automobile qui pourraient sauter le pas et les a appelé un par un pour leur expliquer son projet. L’objectif ? Les convaincre d’intégrer un programme de formation afin de leur permettre de changer de secteur. Les candidats doivent par exemple se familiariser avec les matières composites, qu’ils n’ont pas l’habitude d’utiliser dans leur industrie d’origine.

« L’accueil a été très positif chez les ouvriers, explique Nelly Méhat, responsable de l’emploi intérimaire chez Randstad, mais ensuite, se pose toujours le problème de la mobilité ». Car les bassins d’emploi traditionnels de l’automobile se situent généralement à l’opposé de ceux de l’aéronautique : Nord et Est de la France pour l’automobile, Grand Ouest, Sud-Ouest et Midi pour l’aéronautique. Dans ces conditions, se reconvertir, ça n’est pas juste changer d’industrie, c’est aussi accepter de déménager. « Beaucoup d’ouvriers que nous avons contactés étaient intéressés, affirme Nelly Méhat, mais souvent, leur conjoint avait un travail dans la région, cela devient plus difficile de partir dans ces conditions ». C’est ce qui inquiète Jean-Jacques Desvignes, coordinateur CGT pour le groupe EADS. Selon lui, le dispositif est « positif en apparence, mais il faut rester vigilant ». Le syndicaliste redoute qu’il ne soit un moyen d’accroitre un peu plus la mobilité au bénéfice des employeurs mais au détriment des salariés.

 

Pas d’emploi garanti mais une conjoncture très dynamique

Pour l’instant, une cinquantaine d’ouvriers sur 300 contactés a choisi de sauter le pas. Ils ont de 25 à 50 ans et leur niveau de qualification se situe entre le CAP et le Bac pro. Leurs formations débuteront mi-septembre dans des CFA à proximité des sites de production et d’assemblage aéronautiques (Saint-Nazaire, Nantes, Toulouse et Marignane). Elles dureront entre cinq et dix semaines et seront rémunérées : soit par Pôle emploi, soit par Randstad, via les cotisations que le groupe verse au FASTT (Fonds d’action social du travail temporaire). Autre aide importante, « le FASTT va également nous aider pour l’accompagnement de la mobilité des candidats : déménagement, caution, recherche de logement… », précise Nelly Méhat. De cette façon, les candidats seront accompagnés au moment de changer de région.

Une fois ces formations terminées, le groupe d’intérim ne garantit pas un emploi aux nouveaux professionnels de l’aéronautique. Mais selon ses chiffres, entre 3 000 et 6 000 postes n’ont pas été pourvus dans l’industrie en 2011, il se montre donc confiant sur sa capacité de placer des ouvriers qualifiés en mission chez ses clients et à terme en CDI.

Côté salaire, Randstad affirme qu’ils sont « en général plus élevés dans l’aéronautique que dans l’automobile », mais là encore, le groupe ne s’engage à rien. En revanche, selon le principe d’égalité de traitement en vigueur dans le travail temporaire, ils recevront la même rémunération de base que leurs homologues permanents aux mêmes postes dans l’aéronautique.

 

« Je ne crois plus en l’avenir de l’automobile »

Gérald Triviaux-Feret a 26 ans et un Bac pro. Il travaille en intérim dans l’industrie automobile depuis trois et admet n’avoir jamais connu de période de chômage. Il a pourtant choisi de se reconvertir dans le secteur aéronautique via la formation proposée par Randstad. Au terme de sa formation, il va devenir stratifieur - drapeur (réalisation des pièces par moulage de matériaux composites).

Il a choisi de quitter l’automobile, parce qu'il ne croit plus en l’avenir de ce secteur. Dans l’aéronautique, il pense qu’il a plus de chance de trouver « un emploi plus sûr, avec des missions plus longues et plus régulières ». A terme, il n’hésiterait pas à quitter sa région d’origine (l’Ile-de-France) s’il trouvait « un bon poste en CDI avec des possibilités d’évolution de carrière ».

 

Commentaires

Tous les champs sont obligatoires.


Vos réactions

Pas de commentaire

Publicité

Les dernières brèves

Dans la même rubrique